Luc 18, 35-43, Vézelay 25 Janvier 2025
Les nouveaux Martyrs de Russie du XX èmes
L’aveuglement tragique de l’homme, par les guerres à répétitions, nous amène à commémorer, aujourd’hui les nouveaux martyrs Russes. Le 8 septembre 1990, le père Men donne une conférence à la Maison de la Technique à Moscou et déclare : « Le christianisme, c’est la sanctification du monde, la victoire sur le mal, sur les ténèbres et le péché. C’est la victoire de Dieu. Cette victoire a commencé la nuit de la résurrection. » . Le lendemain matin, il est assassiné à la hache en sortant de chez lui pour aller à son église. Ses assassins n’ont jamais été retrouvés, ni les commanditaires de son meurtre. Le père Alexandre Men est le dernier martyr chrétien de l’Union soviétique.
Simone Weil dit dans son cahier 6 l’expérience de Dieu. : « Si on sait de toute son âme qu’on est mortel et qu’on l’accepte on ne tue pas.. les actions mauvaises sont celles dont l’énergie est fournie par une erreur. » Les nouveaux martyrs sont les victimes des actes innommables du XX èmes siècle mais actuellement au XXI èmes siècle ces actes se reproduisent encore et encore avec plus de violence.
Ces actes cruels relèvent de la cécité, nous portons des œillères et tombons dans l’injustice. Le Christ, lors de son agonie, voit le fond de la déchéance humaine, il descend dans les profondeurs de la terre au-delà des différences. Au jardin de Gethsémani, nous pouvons essayer de trouver une consolation à toutes nos souffrances ; Dieu prend nos vies entre ses mains. L’espoir d’un mieux peut engendrer le mal alors qu’entrevoir l’homme libre en totalité est plus juste. Père Alexandre Men n’a pas transmis l’espoir de jours meilleurs dans l’oppression soviétique ; il a témoigné de l’homme libre à Gethsémani. De l’homme qui s’avance et accompli son destin.
Nous avons entendu, dans la péricope de dimanche dernier, le notable qui obéit aux commandements mais refuse de tout laisser. Aujourd’hui, l’homme aveugle, demande avec foi et persévérance : « Fils de David, aie pitié de moi, pécheur » Or cette foi relève en une confiance mutuelle. Le Christ guérit, reconnaît la souffrance ancienne, la détresse, et l’abandon que l’aveugle a vécu dans sa vie.
Le Christ agit par compassion, altérité, en rendant la vue à l’aveugle mendiant. L’aveugle de Jéricho est prêt à retrouver la vue du monde ; il est libre face à Dieu.
Cette péricope nous donne le courage de vaincre : le vide, la douleur, l’absence de lumière ; la prière, permet d’entrer dans un rythme, en allant vers le devenir, en quittant nos habitudes. La prière permet de revenir sur nos doutes, elle ouvre à la lumière ce que Dieu réserve à chacun d’entre nous.
L’hiver, temps du repos, quand la nature devient silencieuse, nous écoutons différemment le murmure du temps. La fatigue, les douleurs se font ressentir, alors profitons de ce temps pour nous questionner sur notre vie. L’aveugle ne demande ni or, ni reconnaissance, ni possession matérielle, mais la vue. Or il reçoit la vue par la prière perpétuelle.
Si nous voyons et ne mettons pas en pratique, nous comprenons ce qui est bien, mais négligeons de le faire ; Nous sommes dans la voie du notable. La vie en Dieu est simple, elle échappe au changement du temps. Par contre notre vie passe, nos rencontres la nourrisse et nous laissons tout. Notre cécité est peut-être de ne pas être suffisamment à l’écoute des différences du monde. Face à la haine, à l’horreur, à l’indifférence, il y a les pépites d’or de la bonté, de l’humanité, de l’amour. Celle-ci sont si précieuses et se résument en des gestes les plus basiques. Voir une personne en difficulté, l’aider, est un geste tellement simple qu’au quotidien il peut nous échapper.
Chalamov, dans son récit de la Kolima, garde à jamais le souvenir d’un gobelet d’eau chaude que lui remet un détenu inconnu, avec une bonne parole. Chalamov parle si bien de la foi authentique de l’homme libre, alors qu’il a connu l‘effroyable.
Pour conclure je dirais que la lumière que l’aveugle a reçu est: « la lumière intelligible du monde. » la lumière de la justice, celle du Roi Melchisédek. C’est peut-être elle la pierre angulaire du jardin des
oliviers.
P Rémi