« la radieuse tristesse » Mat 6, 14-21 le dimanche de l’exil d’Adam « où est ton trésor, là aussi sera ton cœur »
Nous voici au grand carême, c’est le dimanche de l’exil d’Adam. Adam et Eve expulsés du paradis terrestre. « ils entendirent la voix du seigneur Dieu qui se promenait dans le jardin au souffle du jour.. Où es tu ? Il répondit : j’ai entendu ta voix dans le jardin, j’ai pris peur car j’étais nu, et je me suis caché. » Genèse 2, 3-8 // ils sont nus, dépouillés de tout et expulsé du jardin. Ils ont perdu le mystère de Dieu son unité. Adam se cache et Eve répond qu’elle a été trompée. Un cri de désespoir, une déchirure.
Le carême, cet exil, commence par l’expulsion d’Adam pour aller jusqu’à la crucifixion du Christ le vendredi Saint. Dans l’exil, que tant de peuple connaissent actuellement, la douleur, l’abandon, le déchirement de tout quitter sont des deuils.
L’expulsion d’Adam et d’Eve relève également du deuil, où les pleurs la honte sont au cœur du récit. Le carême rappelle à notre mémoire l’exil du jardin, et notre exil sur la terre. Nous ne choisissons pas, nos frontières, ni la personne assise dans le métro à côté de nous ; par contre, notre comportement en tant qu’homme, responsable ou non, dépend de nous individuellement.
Au mont des oliviers, le Christ au comble du désespoir dit : «Mon Dieu, mon Dieu pourquoi m’as tu abandonné » Mt 27-46. Cet abandon, ou cette obéissance à Dieu, lorsque nous laissons tout et glissons vers une autre valeur, non une valeur ajoutée, mais celle du retournement vers Dieu, est essentiel.
Exilés sur la terre nous pouvons réduire la distance entre Dieu et nous, en vivant l’obéissance, comme le remède à notre éloignement avec lui ; L’obéissance, en vivant nos actes comme un accroissement de notre discernement, la prière comme une graine jetée par le semeur.
Dans les différentes lecture du carême un personnage central est celui de Job. Je vous invite à ouvrir ce livre, il suit les psaumes, c’est un dialogue en vers, décrivant la passion qui saisit toute personne confrontée à la douleur.
Job dit en 13/20 Epargne moi deux choses et je cesserai de me cacher devant toi. Eloigne ta griffe de dessus moi. Ne m’épouvante plus par ta terreur puis appelle, et moi je répliquerai, ou bien si je parle, réponds-moi.
Le Christ s’est adressé à tous. C’est à dire à chacun d’entre nous, en tant que personne, et il a été condamné par l’idolâtrie du collectif. Le carême nous permet de sortir de nos idolâtries par la rencontre en face à face, au pied de la croix, devant le Christ crucifié. C’est un face à face avec nous-même, avec nos responsabilités et avec les écritures comme guide. Plongeons dans les évangiles et n’en faisons pas un objet. Lisons les afin de vivre une épiphanie. Il ne s’agit pas de regarder les écritures, mais de se regarder dans les écritures comme en face d’un miroir, comme en face du buisson ardent.
Le mal, « l’écharde dans la chair » de Paul, n’est pas une simple maladie dont on pourrait se débarrasser ; le péché est un leitmotiv et il nous place face à notre ignorance de Dieu. Le péché est tout entier « la séduction » et le carême permet de démasquer nos rancœurs, nos certitudes en essayant de vivre sa foi comme une poussée, et terrasser nos idoles.
Le carême, c’est le chemin de la mort du désir au monde, pour toucher le désir de Dieu. Reconnaître que je suis pécheur c’est accepter ma faiblesse et ainsi recevoir le pardon.
Il me parait juste de ne pas voir le repentir comme une fin en soi mais comme un épanouissement. Quand nous pardonnons, nous n’oublions pas, mais nous essayons de reconnaître la gravité des actes commis. Il y a des deuils impossibles à oublier. Le cri d’Adam et d’Eve est un déchirement mais ce cri n’est pas vain. il est aussi un trésor ! Dont nous parle Mathieu « où est ton trésor, là aussi sera ton cœur. » le trésor est la reconnaissance de la perte de notre beauté première. Nous avons entendu Paul aujourd’hui le dire à sa façon : La nuit s’avance, le jour est proche.
Je conclus par lui : « Si vous vous nourrissez, si vous buvez, si vous faites quoi que ce soit d’autres, faites tout à la gloire de Dieu. » Le carême faisons le à la gloire de Dieu.
P Rémi